Chronique guatémaltèque #2 : l’ascension du volcan Acatenango

volcan acatenango sunrise

Pour finir ce séjour au Guatemala, j’ai été rejointe par une amie avec qui j’ai terminé mes aventures. Dans la liste des immanquables du pays se trouve l’ascension du volcan Acatenango 🌋. Ce volcan, éteint, culmine à 3976 m et se trouve juste en face et vraiment proche d’un autre volcan, Fuego, lui bien actif (même très actif !). 

Alors après avoir écouté les récits des voyageurs rencontrés sur ma route depuis plusieurs mois, me voilà moi aussi partie à l’assaut de ce géant. On va pas se mentir, Justine et moi ne sommes pas dans notre meilleure forme physique, mais l’essentiel est d’arriver en haut, il ne s’agit pas d‘une course.

Préparation pour l’ascension d’Acatenango

 

Jeudi 27 janvier, 8h00 – nous arrivons à l’agence qui nous accompagnera pour cette ascension après avoir bu un café seulement (grave erreur, on en reparle plus tard). J’ai entendu parler d’Acatenango pour la première fois par Bruno Maltor, en 2018. Il avait à l’époque recommandé l’agence Wicho&Charlie’s. Depuis, j’ai rencontré de nombreux voyageurs qui sont aussi passés par cette agence. Je n’en ai entendu que du bien, alors évidemment nous les avons choisis. 

À notre arrivée, on voit quelques bananes sur une table et du café en libre-service. Une amie qui a fait l’ascension la semaine dernière m’a dit qu’il y avait un petit déjeuner inclus. J’espère alors que c’est plus que quelques bananes, car nous avons compté sur ce ptit dej, on a le ventre vide !

ascension acatenango

Premier brief 

On nous rassemble alors dans une seconde pièce, pour le premier briefing. Ici, on nous explique qu’en haut du volcan il fait TRÈS TRÈS froid, donc est inclus dans le package, le prêt de vestes, gants, écharpes et autres vêtements. D’autres sont en extra, le sac à dos et les bâtons de marche notamment.

On nous indique qu’il faut partir avec au minimum 4L d’eau : 3L pour nous hydrater pendant 2 jours et 1L qu’on devra donner en haut pour que les guides puissent cuisiner notre dîner et petit-déj’. Le sac à dos commence à s’alourdir… Mais je vérifie une nouvelle fois, tout ce que j’y ai mis me semble indispensable, donc ça sera comme ça ! 

Une fois ce brief terminé, on retourne dans la première salle. J’espère un petit-déj’ qui n’arrivera finalement jamais… Je pars alors après avoir mangé 2 bananes et une tranche de banana bread achetée dans un café sur la route. Autant dire, pas du tout assez pour l’ascension qui m’attend 😵‍💫. Justine a mangé un tout petit peu plus que moi, avec quelques petits pains garnis de confiture et Nutella, mais elle est globalement dans le même état que moi. 

Premier conseil pour Acatenango : prévois de manger un GROS petit-déj bien nourrissant avec des sucres lents, des choses que tu as l’habitude de manger, que tu digères bien (si tu es un runner, mets-toi dans le même état d’esprit qu’avant une course officielle, on est dans le même type de game !).

Avant le départ, on nous indique qu’il y a des snacks à dispo : noix, cacahuètes et bonbons. On en prend quelques-uns, mais ça ne s’avèrera pas suffisant !

Deuxième conseil pour Acatenango : prends avec toi beaucoup de snacks, des choses nourrissantes qui vont t’apporter du sucre immédiatement quand tu seras dans l’effort. Évite le chocolat, il fait chaud, ça sera une cata

Nous sommes finalement prêts. C’est le départ de l’agence. On monte dans un bus pour environ 50 minutes.

depart ascension volcan

L’ascension d’Acatenango

11h00 – nous arrivons au pied du volcan. On descend du bus et on rencontre nos guides. Ils sont 4 pour un groupe de 27 personnes. Âgés de 18 à 55 ans, seulement un parle anglais couramment, le chef de groupe, Brandon. 

Deuxième brief : Brandon nous explique qu’il y a en gros 3 parties. La première est la plus dure, la deuxième dans la forêt est plus sympa et la dernière partie n’est plus si raide. 5 minutes plus tard, nous voilà partis 🚀 (C’est faux – émoji pas du tout approprié à notre vitesse). Pas d’échauffement, pas le temps de réfléchir, nous voilà face à la pente.

ascension acatenango

La détresse des premiers instants

Je ne sais pas vraiment comment décrire notre détresse dans ces premiers moments ! Il faut se représenter un volcan pour bien comprendre. Quand tu fais une rando dans la montagne, parfois tu montes, parfois tu descends. Ça permet à ton cardio de redescendre lors des périodes de descente, et à tes muscles de récupérer dans les périodes de montée (parce que oui, descendre c’est plus dur que monter). Ok donc tu visualises une rando en montagne ? Bon maintenant, visualise un volcan… 🌋 C’est un cône… Voilà, je pense que maintenant tu as compris… 😵 Pendant 5h30 nous ne cessons pas de monter, et c’est très très raide !!

Alors Brandon nous a avertis, la première partie est la plus dure. Je m’étais préparée à ce que ça soit dur, alors mentalement j’arrive à garder le dessus, je visualise les photos et vidéos que j’ai vus du sommet, je me répète que ça vaut le coup. Tout le monde m’a dit que c’était l’expérience la plus incroyable qu’ils n’aient jamais faite, je me concentre sur ça. Mais physiquement c’est vraiment compliqué. On monte au soleil, le sol est sablonneux… Mon cœur bat déjà très très vite, alors qu’on est parti depuis 5 minutes. Justine est dans le même état, voir un cran en dessous mentalement, mais elle reprendra le dessus sur la deuxième partie !  

Rapidement, on est distancé par le groupe, mais c’est ok, on savait très bien que ça arriverait, on veut juste monter, arriver en haut, peu importe le temps qu’on met. Quand le guide nous annonce la deuxième partie, je ressens un mini instant de soulagement, comme si ça allait être moins dur… C’est faux ! 😰

C’est quand même moins pire (je sais, ça ne se dit pas, mais je peux pas dire mieux, parce que c’est pas mieux en vrai !). Cette partie est ombragée, donc on a déjà moins chaud. Mais on s’arrête quand même tous les 100 mètres pour reprendre notre souffle et donner un peu de répit à nos petits cœurs.

acatenango

La pause déj’

13h00 – pause déj’🍴  On mange le plat préparé par l’agence : falafels et purée de pommes de terre, c’est plutôt bon. On récupère un peu de force. Selon Brandon, on a fait 75% de l’ascension. Franchement, après coup, je peux te dire que ce n’est pas l’impression que j’ai eue. En fait, lors de cette pause déj, on est rendu à 3200 m d’altitude. Et après ça, l’oxygène se raréfie, c’est plus dur pour nos corps et on le sent direct lorsqu’on repart !

13h30 – ça repart ! La deuxième partie bis est toujours dans la forêt, toujours raide et on en ch** toujours. Cette fois-ci, on est vraiment les dernières et on partage ça avec Cyril, un grec qui parle français et Victor, notre guide, 55 ans qui monte le volcan 2 fois par semaine depuis 20 ans – ça calme 😅.

foret acatanenago

Troisième partie, moins raide

15h30 – on arrive sur la troisième partie, soit disant la plus facile 🤥. On a presque atteint l’altitude du camp de base, maintenant il faut faire le tour du volcan pour arriver sur le versant qui fait face à Fuego. Cette partie ressemble donc plus à une rando de montagne, ça monte et ça descend. Mais ça monte quand même plus que ça descend, puisqu’on est à 3400 m environ et on doit atteindre 3625 m. Surtout, à cette altitude, on paye le moindre effort. La moindre petite montée nous demande de nous arrêter pour récupérer.

L’arrivée au camp de base 

16h30 – VICTOIIIIIIIRE !  🥳 🍾 💥  (non, 3 émojis ne sont pas de trop pour célébrer cette arrivée). Nous sommes arrivés au camp de base – 3625 m. On a gravi un put** de volcan bordel ! (oui ça mérite tous ces gros mots crois-moi !). L’arrivée est incroyable. On voit fuego entrer en éruption à seulement quelques centaines de mètres de nous. Le lieu est incroyable, la vue de ouf mélangé aux endorphines… On est stone, mais qu’est-ce que c’est bon ! 

Nous voilà au moment de kiff ultime. À partir de là, on va observer le soleil se coucher, Fuego entrer en éruption toutes les 5 minutes. Lorsque l’obscurité est suffisante, on voit alors la lave qui jaillit du cratère. Je ne pourrai jamais retranscrire par écrit, ni même à l’oral, l’émotion que je ressens à cet instant précis.

arrivee au sommet acatenango
volcan agua
ascension volcan acatenango

Une soirée presque banale à 3625 m d’altitude

18h30 – chocolat chaud, feu de camp, éruption de volcan. Une soirée presque normale au Guatemala. On est entouré de gens du monde entier, on fait griller des chamallows dans le feu de camp… Bref, si j’avais un doute sur la vie que j’ai choisi (pas du tout), je peux te dire que ce moment précis m’a une nouvelle fois rappelé que j’ai fait les bons choix ✨.

Une nuit compliquée

21h30 – le moment d’aller se coucher est arrivé. La fatigue se fait sentir depuis un moment déjà, mais l’idée d’abandonner cette vue sur ce volcan en éruption n’est pas facile. Finalement, on part se coucher. 

Le campement de Wicho&Charlie’s est constitué de petites cabanes en bois. Bien plus confortables selon moi que les simples tentes des autres agences. On dort sur des matelas, dans des duvets 0° avec une grosse couverture supplémentaire. Bien sûr, on dort habillé, je garde même mon bonnet. Mais il fait quand même très froid (-3° selon le guide). L’inconfort, le bruit du volcan qui entre en éruption toute la nuit et le froid nous empêcheront de dormir. Je n’ai pas fermé l’œil une seule minute, comme presque tout le monde. Mais qu’importe, l‘expérience est ouf.

erupting volcano fuego
euruption volcan fuego guatemala
eruption fuego

Un lever de soleil pas comme les autres

4h20 – réveil pour l’ascension jusqu’au sommet pour voir le lever de soleil. Si tu me suis depuis quelque temps, tu sais que je suis une grande fan de lever de soleil 🌄. Ce moment si unique est selon moi le meilleur de la journée. Alors, si je peux en plus l’observer dans un endroit exceptionnel, c’est double bonus ! Cette ascension jusqu’au sommet était bien sûr dans mes intentions. 

Seulement voilà, il faut être conscient de ses capacités et de ses limites. Clairement, hier, j’ai repoussé mes limites physiques. Ce matin, mon corps est fatigué, je n’ai pas dormi, il fait très froid, il est 4h30 du matin, je n’ai pas mangé depuis hier 19h00, et pour couronner le tout, le chemin jusqu’au sommet n’est que sable volcanique (tu vois quand tu marches dans le sable ?! bon beh ça x1000 en montée pendant 1h30)

Je tente quand même l’ascension, mais très vite je réalise que ça sera trop dur pour moi. Le guide me dit que la vue du sunrise est la même depuis le camp de base, que je mettrais probablement 2 heures à atteindre le sommet (donc je louperai le lever de soleil). Franchement, je ne réfléchis pas longtemps et je redescends sur le camp de base. Je choisis de profiter du lever de soleil, de vivre pleinement le moment plutôt que de galérer sur la pente avec le soleil dans le dos, au final je n’aurai rien vu. Ai-je pris la bonne décision ? Je te laisse juger par toi-même avec ces photos…

Il faut aussi réaliser qu’après ça, il reste la descente, qui est elle aussi, est très physique. Donc définitivement, j’ai pris la bonne décision. Ce moment était exceptionnel. Une nouvelle fois, les mots me manquent tellement c’était incroyable.

Deuxième jour, la redescente d’Acatenango

8h00 – l’heure de la descente est arrivée. On repart alors tous ensemble. Selon Brandon, il faut 1 à 2 heures pour descendre. Il nous chauffe pour la faire en 45 minutes 🤪. Bien sûr, on mettra deux heures ! Son record perso : 25 minutes… Ce petit jeune de 20 ans est incroyable. En plus d’être hyper sympa, il a le contact facile, une aisance à s’exprimer devant un groupe d’une trentaine de personnes, parle super bien anglais. Bref, plein de potentiel ! 

La descente ne se passe pas sans encombre pour moi. Comme je voyage en mode minimaliste, je n’ai qu’une paire de chaussures fermées – mes chaussures de running, qui ont une semelle lisse. Évidemment, ce n’était pas la solution idéale pour cette rando, mais c’était la seule à ma portée à ce moment-là. 

Je vais donc tomber une dizaine de fois, la dernière fois étant fatale pour mon poignet gauche… 🤕 Plus de peur que de mal, je peux remuer les doigts, pas de bleu ni de gonflement. Un docteur dans le groupe regarde et me dit que ça n’a pas l’air cassé. Surement une entorse ou une grosse contusion. De retour à Antigua, j’irai acheter une attelle et de la crème anti-inflammatoire. 

Troisième conseil pour Acatenango : tu ne seras jamais aussi à l’aise que dans tes chaussures, donc bien sûr, il faut éviter les chaussures de prêt. Cependant, essaie au max d’avoir des chaussures avec des crampons. Pour ma part, je sais que dans mes prochains voyages, il y aura de la rando. J’ai donc prévu, à mon prochain passage en France, d’investir dans des chaussures de trail, qui deviendront mon unique paire de chaussures.

volcan fuego
volcan acatenango

Le retour au départ

11h00 – FIIIIIIIN ! 🤩 Nous voilà enfin arrivés en bas, de retour à notre point de départ. J’ai tenu mon corps jusque-là, juste avec mon mental. À tel point qu’une fois en bas, je relâche tout et je ne suis presque plus capable de mettre un pied devant l’autre. Monter dans le bus est une épreuve. Les endorphines sont au max, l’émotion d’avoir réalisé une telle épreuve physique et d’avoir vécu un tel moment est très forte. Je retiens mes larmes, par pudeur. Mais je crois bien que si j’avais été seule, j’aurais pleuré tellement c’est fort.

Je peux désormais dire ce que tous ceux que j’ai rencontrés jusque-là m’ont dit : à ce jour, c’est l’expérience la plus dure, mais aussi la plus belle/incroyable/extraordinaire que j’ai jamais faite dans ma vie. Je ne repartirai pas pour une deuxième ascension, mais sachant cela, si c’était à refaire, je ne le referai. 

 

La vie ce n’est pas seulement respirer, c’est avoir le souffle coupé. 

informations pratiques ascension acatenango

Retrouve les chroniques précédentes par ici :

09 janvier 2022
Chronique guatémaltèque #1 : premier mois au Guatemala
07 décembre 2021
Chronique mexicaine #5 : pourquoi San Cristobal est la ville idéale pour les digital nomades au Mexique
06 novembre 2021
Chronique mexicaine #4 : road trip dans la péninsule du Yucatan
06 septembre 2021
Chronique mexicaine #3 : un road trip dans l’ouest du Mexique
17 août 2021
Chronique mexicaine #2 : un mois à Mexico City
15 juillet 2021
Chronique mexicaine #1 : trouver mes marques dans cette nouvelle vie
07 décembre 2021
Chronique mexicaine #5 : pourquoi San Cristobal est la ville idéale pour les digital nomades au Mexique
06 novembre 2021
Chronique mexicaine #4 : road trip dans la péninsule du Yucatan
15 juillet 2021
Chronique mexicaine #1 : trouver mes marques dans cette nouvelle vie