Témoignage d’expatriée : Eugénie, épanouie en Nouvelle-Zélande après une expérience difficile à Londres

Eugénie, 25 ans, est expatriée désormais en Nouvelle-Zélande depuis plusieurs mois avec son mari, natif du pays. Ils se sont rencontrés à Londres lors de sa première expatriation. Dans cet interview, Eugénie nous raconte sans détour pourquoi elle a détesté son expérience londonienne. La capitale anglaise l’a poussée dans ses retranchements, puis la Nouvelle-Zélande lui aura permis de guérir. 

Finalement, elle tire de belles leçons de ses deux expériences d’expatriation, elle sait aujourd’hui ce qu’elle veut pour sa vie d’adulte, de manière certaine. L’expatriation l’aura fait grandir, en plus d’avoir permis la rencontre avec l’amour de sa vie ! 

➖Hello Eugénie, qui es-tu ?

💬 Je m’appelle Eugénie j’ai 25 ans, je suis originaire de la région lyonnaise et je suis libraire diplômée. Je me suis d’abord expatriée à Londres sans aucun visa puis en Nouvelle-Zélande avec mon partenaire avec un visa visiteur d’un an, puis un visa travail que j’ai obtenu grâce à notre relation.

➖ Pourquoi as-tu choisi l’expatriation ? Qu’est-ce qui t’a poussé à t’expatrier ?

💬 J’ai toujours voulu voyager, mon rêve d’adolescente était de parler anglais couramment et de vivre dans un pays anglophone. La France et moi on s’apprécie mais je n’ai jamais été folle de mon pays. J’ai tenté plein de fois de voyager (Russie, États-Unis, Irlande) mais à chaque fois je dépendais de quelqu’un qui annulait le projet au dernier moment.

Lassée de cette sensation, j’ai décidé au début de mes études de libraire, qu’à la suite de l’obtention de mon diplôme je partirai seule. Mon cœur balançait entre le Canada et Londres. Je n’avais jamais mis les pieds à Londres quand j’ai pris la décision de vivre là-bas. Mon choix s’est porté sur cette ville car je n’avais pas besoin de visa et j’ai toujours admiré l’histoire rock’n’roll de la ville. Je savais que c’était léger comme raisons mais j’étais à un tournant de ma vie, j’avais envie de partir à l’aventure et affronter tout ça, seule. Comme une sorte de rite de passage vers la vie d’adulte, où tu ne peux dépendre de personne et quand faut y aller, faut y aller. J’étais super sûre de moi, j’ai regardé tellement de vidéos, lu tellement de blogs d’expats, personne ne pouvait me faire changer d’avis, j’allais avoir ma grande aventure !

J’étais à un tournant de ma vie où j’avais envie de partir à l’aventure et affronter tout ça, seule.

thames, london, river
Londres - photo libre de droit Pixabay

Londres, confrontation à la brutalité de cette capitale bouillonnante

➖ Ta première expatriation à Londres n’est pas ta meilleure expérience. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

💬 Ma première expatriation a été violente en effet. C’est dû en partie à ma personnalité et à la mentalité londonienne. Je suis partie avec des certitudes et un merveilleux fantasme. Je me voyais avoir un travail en librairie, une petite chambre cosy, vivre au rythme de la ville, avoir des amis, pouvoir visiter l’Ecosse et l’Irlande. En soi, rien d’impossible mais à Londres ça l’était.

Moi qui voulais apprendre sur moi-même, me challenger, j’étais servie. Je suis arrivée avec £7 000 et ça s’est envolé très vite (dû à ma piètre gestion mais aussi au coût de la vie). Je refusais l’aide financière de ma famille, je voulais me débrouiller. Mais mon salaire était trop bas pour mon loyer et ma situation est rapidement devenue précaire.

Ma vie se résumait à me réveiller à 4h du matin pour aller au boulot, rentrer à la maison manger des oeufs et des haricots en boîte et stresser à propos de mes dépenses, constamment. Je n’avais aucun projet, aucune vie sociale mais j’avais toujours l’espoir qu’en continuant ça finirait par s’arranger.

Après six mois dans cette situation ma santé mentale a commencé à sombrer. J’ai quitté mon boulot en cuisine car j’étais fatiguée et malheureuse à cause de ce job. Je pensais que si je trouvais quelque chose plus en lien avec mon diplôme je trouverais une nouvelle énergie. J’ai postulé à pleins de job en musée et librairie, j’ai même été top 10 sur 800 postulant à un job de vendeuse pour un musée mais je continuais à me prendre des murs. Moi qui voulait ne dépendre de personne, j’étais désormais dépendante de mon partenaire qui avait une bien meilleure situation financière. Mon estime de soi a été envoyé au placard et mon dégoût pour la ville de Londres était au plus haut. Je ne voulais même plus sortir, je ne voulais plus avoir à prendre le métro, le bus et j’ai développé la pire des images sur la mentalité londonienne.

Tu penses « trahir » ton expatriation à ne pas vouloir faire plein d’activités.

➖ Pourquoi tu n’as pas aimé, est-ce la ville de Londres particulièrement ou l’Angleterre. La situation Covid-19 ou tu n’étais pas épanouie avant cela ?

💬 Je n’ai pas aimé Londres pour plusieurs raisons. La première est assez évidente, malgré toutes mes recherches sur la vie à Londres, je suis partie avec une idée bien plus attrayante que la réalité et le choc fut amer. Je ne peux blâmer personne pour cela, c’est quelque chose que je fais naturellement pour beaucoup d’aspects de ma vie et j’apprends à vivre avec.  Je savais que la vie était chère mais tu ne peux pas prendre pour acquis tous les témoignages en ligne sans te faire ta propre expérience et voir les choses par toi-même. La mentalité londonienne est une mentalité de ville géante avec une certaine aura, tu n’y vas pas pour te relaxer et vivre une vie « paisible ».

À Londres tout va très vite et il faut que tu sois en speed constamment. À mes yeux il y a une pression générale et subtile qui te fait comprendre que dès que tu as une heure de libre, il faut que tu fasses un truc. Par exemple t’as enfin un jour de pause après avoir bosser 45 heures (ou plus !) avec ton smic ? Il FAUT que tu ailles dans ce marché, il FAUT que t’ailles visiter ci et ça, aller dans un café branché, ou faire un brunch… Le repos c’est pour les feignasses, et si tu restes chez toi tu culpabilises, tu penses « trahir » ton expatriation à ne pas vouloir faire plein d’activités. J’avais vraiment le sentiment que si tu n’es pas « busy » tout le temps, eh bien t’es pas grand-chose.

Du coup tu rentres dans un cercle vicieux et classique du capitalisme. Il faut que tu aies de l’argent pour survivre donc tu es prêt.e à sacrifier ta santé mentale et physique pour faire un job qui te paye et qui te traite misérablement. Mais il faut garder le sourire parce que tu es à Londres et que Londres, c’est stylé.

Je crois aussi que c’est une des erreurs que j’ai faite avec Londres, je voulais cocher des cases et faire comme les gens de notre génération : voyager, s’expatrier. Je voulais remplir mon feed insta et avoir une vie beaucoup moins chiante qu’en France. Je savais que j’allais galérer et c’était le but, au fond.

Mon expatriation à Londres était plus une expérience sociale qu’autre chose. J’étais consciente de ma vie confortable et privilégiée en France en sachant que j’aurais toujours l’argent de papa-maman sous le coude. Et je voulais casser ça parce que je voulais tendre vers l’indépendance et essayer de me démerder seule.

Ensuite la Covid est arrivée et ma santé mentale ne s’arrangeant pas, je me suis créée une bulle protectrice avec mon copain. Nous avions perdu nos boulots tous les deux : lui a été licencié à cause de la crise et moi après un mois dans une épicerie zéro déchet, on a mis fin à ma période d’essai car je n’accordais pas d’importance à ce job.  C’était la première fois pour moi et ça n’a pas aidé pour mon estime de soi. Rester 6 mois sur ton pieu sans sortir et sans travailler, tu as vraiment l’impression que tu ne seras plus capable d’avoir un job.

J’ai appris à travailler plus dur, j’ai appris à être moins capricieuse, à faire des concessions mais le plus précieux pour moi : j’ai appris avant mes 25 ans quelle vie je voulais avoir.

➖ Que retires-tu de cette expérience malgré tout ?

💬 L’apprentissage fut douloureux mais j’ai appris exactement ce que je voulais apprendre. Je voulais vivre quelque chose qui allait bouleverser ma vie. J’ai appris à travailler plus dur, à être moins capricieuse, à faire des concessions mais le plus précieux pour moi : j’ai appris avant mes 25 ans quelle vie je voulais avoir. J’étais vraiment partie en pensant que j’étais plus citadine. Puis, comme pour beaucoup avec la Covid, je quémandais de la nature, je voulais du vert, des arbres et une vie plus sereine. Je voulais un travail cool qui me plaît, sans pression et un environnement plus porté vers les autres que porté vers l’argent et la surconsommation.

Et puis bien sûr, j’ai rencontré l’homme de ma vie qui est devenu mon mari et rien que pour ça je suis vraiment contente d’avoir déménagé à Londres haha

 

➖ Si c’était à refaire, sachant ce que tu sais aujourd’hui, repartirais-tu à Londres ?

💬 Je pense que la réponse est évidente : non. Je garderai Londres pour le côté touristique mais c’est tout. Si j’avais été célibataire, après six mois à Londres et sans Covid je me serai expatriée ailleurs, dans un coin beaucoup plus calme genre l’Irlande et tendre vers une vie plus simple.

Photo de bord de mer en Angleterre, Whitstable
Whitstable, Angleterre

Un nouveau départ en Nouvelle-Zélande, plus proche de la nature

➖ Tu as ensuite suivi ton compagnon dans son pays natal, la Nouvelle-Zélande. Il s’agit du pays du monde le plus éloigné de la France, avec 12 heures de décalage horaire. Une vie totalement inversée de la France. Comment s’est passée ton acclimatation ?

💬 Quand j’ai rencontré Taylor (mon chéri) j’étais super surprise de voir qu’il venait de Nouvelle-Zélande ! Je connaissais des personnes de mon cercle proche qui y avaient vécu avec un PVT et je connaissais le pays grâce au Rugby. Je savais que c’était un pays très vert et magnifique et de surcroît minuscule mais je ne connaissais rien d’autres. D’ailleurs je savais que c’était proche de l’Australie mais je le plaçais mal sur une carte… c’est dire !

Il me parlait beaucoup de son pays et quand la Covid a commencé à pointer le bout de son nez, j’avais déjà pris la décision personnelle de partir. La France c’était hors de question, ce n’était même pas une option pour moi ! Taylor adorait Londres et voulait y rester toute sa vie mais notre situation est devenue invivable à la fin juillet 2020. Me voyant malheureuse et à la vue de notre situation, il s’est joint à moi pour partir. Je vous rassure ce n’était pas les seules raisons pour lui de quitter Londres, sa famille et ses amis lui manquait terriblement et il est très patriote.

Je voulais me concentrer sur ma guérison mentale et je savais au plus profond de moi que la NZ était le bon choix.

Les recherches sur le nouveau pays d’expatriation

De février à notre départ en Nouvelle-Zélande en novembre, j’ai fait énormément de recherches. Même si rester à Londres ou partir en France n’étaient pas des options viables je voulais quand même savoir où j’allais mettre les pieds. Ça aurait été complètement contreproductif de s’expatrier dans un autre pays et revivre la même chose qu’à Londres. Mais la NZ est à l’opposé de la France et de l’Angleterre, déjà parce que c’est un des pays qui a le mieux géré la pandémie et qu’il n’y avait plus aucun cas de Covid au moment de notre départ.

J’ai obtenu mon visa visiteur super facilement car fondé sur ma relation avec mon chéri qui est un kiwi (c’est comme ça qu’on appelle les néo-zélandais). On a dû demander de l’aide à nos parents respectifs, et croyez-moi ce n’était pas ce qu’on voulait mais on n’avait pas le choix.

Je n’avais aucune crainte avant de partir, dans ma tête c’était « génial je me barre enfin de Londres, donnez-moi des arbres ! ». Ma seule crainte était de galérer à trouver un boulot en plein Covid, car même s’il était pratiquement inexistant il l’a été et a fragilisé plein de secteurs. Mais je voulais me concentrer sur ma guérison mentale et je savais au plus profond de moi que la NZ était le bon choix.

L’arrivée en Nouvelle-Zélande

A notre arrivée en Nouvelle-Zélande, le 19 novembre 2020, nous avons été confinés dans un hôtel pendant 14 jours. Ça nous a laissé le temps de gérer le décalage horaire (le réveil à 1h du matin affamé comme si c’était l’heure du petit dej).

Ensuite la vie a vraiment débuté, j’ai fêté mes 25 ans à la plage parce qu’en décembre c’est l’été ici, Noël et barbecue à gogo. La famille de Taylor m’a prise sous son aile et m’a accueillie avec une chaleur incroyable, j’ai fait partie de la famille tout de suite et sans conditions. Je me suis intégrée très facilement. Je pense que pour l’instant ce qui me perturbe le plus c’est les saisons et les températures. L’hiver en juillet, l’été en décembre c’est très nouveau et très perturbant mais pour le reste je continue d’apprendre tous les jours, il faut juste se laisser porter !

Notre priorité à Taylor et moi-même étant de trouver un boulot et économiser, j’ai obtenu un visa travail d’un an. Puis, j’ai trouvé un boulot dans une librairie/carterie en quelques jours grâce à ma belle-sœur. J’ai commencé en mi-temps et ils m’ont rapidement proposé un temps plein (40h). J’adore mes collègues et mon travail, les néo-zélandais sont adorables ! Le fait de pouvoir reprendre le travail à enlever un énorme poids et nous a permis d’avoir une vie beaucoup plus normale. Ici, nous sommes payés à la semaine ce qui rend la vie beaucoup plus facile et nous pouvons économiser plus rapidement.

Photo de bord de mer en Nouvelle Zélande
Nouvelle-Zélande

➖ Qu’est-ce que l’expatriation t’a apporté ?

💬 Comme je l’ai évoqué plus haut l’expatriation m’a permis de réaliser quel genre de vie je souhaite mener, ce dont j’ai réellement besoin pour être heureuse et moins anxieuse. J’étais déjà résiliente avant de partir à Londres mais je le suis encore plus. Naturellement comme pour beaucoup d’expats, ces expériences te donne du recul sur ton éducation, ton pays et tout ce que tu prends pour acquis. Ça me permet d’être plus reconnaissante de ce qui m’entoure et surtout des gens autour de moi. Je voulais me débrouiller seule mais j’ai appris que c’est plus sain de demander de l’aide et d’aider les gens en retour parce qu’au final c’est ce qu’il reste, les autres, les amis, la famille !

Maintenant que je suis mariée à un kiwi, je demanderai ma résidence permanente dans deux ans, et puis on trouvera enfin notre nid et on voyagera dans le pays un peu plus. Deux expériences d’expatriation sont assez pour moi et j’aimerai maintenant m’installer définitivement.

L’expatriation m’a permis de réaliser quel genre de vie je souhaite mener et ce dont j’ai réellement besoin pour être heureuse.

➖Penses-tu rentrer en France ? Pourquoi ?

💬 Ma réponse est claire : JAMAIS. Franchement, la France me manque parfois pour la simple raison que ça reste ma zone de confort, là où j’ai grandi. Je ne rejette pas la culture française bien au contraire, j’adore en parler et surtout je cuisine beaucoup de recettes françaises pour faire découvrir à ma famille ici.

J’aimerai avoir la double nationalité française/néo-zélandaise et éduquer nos futurs enfants dans cette double culture. Si nouvelle expatriation il y a, ça serait éventuellement pour le Canada (côté anglophone) mais pas plus de six mois. 

➖Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite s’expatrier mais qui hésite encore ?

💬 Le plus difficile quand on parle de n’importe quel projet, c’est le premier pas. Mais comme pour tout il n’y a jamais de moment idéal pour se lancer. Faut juste se rappeler que la vie est courte et qu’elle est faite pour ça, justement. Et puis si ça casse, ce n’est pas grave au moins tu as essayé et c’est ça qui est le plus important. Oui mon expérience à Londres ne fut pas la meilleure, mais je l’ai faite et j’ai appris et gagné plein de choses.

J’ai aussi réalisé que pour la plupart de mes projets j’avais tendance à partager la nouvelle bien trop tôt à mon entourage et qu’ils avaient une tendance à me pousser à ne pas le faire. Pour Londres j’étais sûre de moi mais j’avais gardé l’information secrète jusqu’à avoir un plan assez fixe en tête. J’ai réfléchi à mon départ deux ans avant et j’ai partagé la nouvelle à ma famille un an avant de partir. J’étais tellement impliquée dans mon projet que rien ni personne ne pouvait me faire changer d’avis.

➖ Merci beaucoup Jenny pour t’être livrée avec tant d’honnêteté, ça fait du bien de lire des propos nuancés sur l’expatriation ! Où peut-on te retrouver ?

💬 Sur mon Instagram : @Ginnieminty

photo d’un couple en bord de mer
Nouvelle-Zélande

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